Les amoureux gênaient les automobilistes
C'EST D'ÉVIDENCE leur penchant pour le whisky qui a conduit Nasserdine et José, deux artisans d'une trentaine d'années, la semaine dernière devant la dix-huitième chambre du tribunal correctionnel de Nanterre pour « violences en réunion, dégradations » et « conduite en état d'ivresse ».Les incidents se passent le 18 juillet dernier aux alentours de 23 heures. Nasserdine vient de quitter le bar portugais de Puteaux où il a passé la soirée, ingurgitant une dizaine de verres de whisky. Son ami José l'a rejoint. Les deux hommes rentrent chez eux à Suresnes dans une Scénic de location.
C'est alors qu'ils croisent une Citröen Saxo, garée en double file dans la rue Emile-Duclos. A l'intérieur : Jean-Michel, un jeune informaticien, et sa petite amie Stéphanie, à qui il est venu rendre visite après le travail.
Le conciliabule amoureux des tourtereaux sera interrompu assez brutalement, semble-t-il, par Nasserdine qui se précipite sur le conducteur de la Saxo en l'accusant de l'empêcher de passer. « Debout devant ma fenêtre, il m'a attrapé par le col et a commencé à me frapper au visage, raconte la victime au tribunal.
Quand je suis sorti, il m'a fait chuter à terre en me prenant la jambe. » La violence monte d'un cran.
Le passager de la Scénic sort à son tour ; tente d'abord de séparer les deux hommes, puis finit par entrer dans la bagarre. Affolé, le jeune informaticien s'empare alors de la barre de sécurité de son volant et brise une vitre de la Renault.
« Je voulais faire diversion, se justifie-t-il. J'avais peur qu'ils s'en prennent à Stéphanie. » Tandis que le couple file se réfugier dans un hall d'immeuble, les deux compères furieux se défoulent sur la Saxo que l'on retrouvera très endommagée, avec le rétroviseur droit arraché, les vitres cassées, la tôle enfoncée
Versions contradictoires
Une question est restée ouverte pendant le procès : lequel des deux hommes conduisait la Scénic ?Nasserdine comme le prétendent les victimes ainsi qu'un témoin de la scène, ou José, comme l'affirment les deux piliers de comptoir ? Une divergence de taille, le premier ayant été contrôlé positif juste après les faits et ayant déjà été condamné à trois reprises pour « conduite en état d'ivresse ».
Ces versions contradictoires ont « particulièrement irrité » le procureur de la République, fort peu sensible aux allégations des « deux alcooliques qui multiplient les pistes pour semer le doute ». Les juges se sont visiblement fait la même idée en condamnant Nasserdine à douze mois de prison, dont six avec sursis, et à l'annulation de son permis de conduire avec interdiction d'en solliciter un nouveau pendant dix-huit mois.
Quant au « passager », il a écopé de six mois avec sursis. Les deux hommes auront de plus à payer de concert quelque 40 000 F de dommages et intérêts aux deux amoureux agressés.
(source 9 aout 2001)
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